Katawa Shoujo

Quel plaisir de vous retrouver aujourd’hui pour cet article, que j’espère être le premier d’une très longue lignée. Pour vous remettre un peu dans le contexte, le format habituel du Magzine comme biannuel a été remplacé par des articles sous forme de dépêches (comme celle-ci), afin de s’adapter à nos disponibilités humaines, à nos habitudes d’écriture mais aussi au format contemporain de la consommation numérique.

Pour introduire le sujet qui va nous occuper aujourd’hui, je dois vous avouer que je traverse une petite période de disette d’un point de vue vidéoludique ces derniers mois. Les jeux en ligne qui m’ont diverti ces dernières années me paraissent un peu fades, et toutes les sorties imminentes ne me convainquent guère de faire plus que de visionner la bande-annonce. Espérons que Starfield soit l’exception !

Face à ce mini coup de blues, rien de mieux qu’un retour aux sources: nuancer le gameplay pour pleinement laisser s’exprimer la narration. Laissez-moi vous présenter mon amour de toujours: les visual novels.

Véritable livre dont vous êtes le héros numérique, le principe des visual novels est d’une simplicité enfantine. La majeure partie du gameplay consiste à lire, et à parfois effectuer des choix qui vous permettront d’influencer l’histoire. Le nombre de choix que vous aurez à faire impactera conséquemment les conclusions auxquelles vous arriverez. En effet, plus le nombre de choix est élevé, plus le nombre de possibilités différentes croitra. 

Il est assez commun que les visual novels impliquent des romances, les choix que vous ferez étant séparés en «route» selon le personnage que vous essayez de romancer. Le jeu dont je souhaiterais vous parler aujourd’hui ne déroge pas à cette règle, et pose la romance comme élément central de l’histoire, bien que vous pouvez mener des relations purement platoniques dans certains cas.

Je suis assez difficile en terme de visual novels, non pas au niveau de l’intrigue, mais davantage au niveau du choix de la langue. Je ne choisis quasiment que des visual novels traduits en français, ce qui limite considérablement le catalogue disponible. 

Une excellente découverte personnelle de l’année en terme de visual novels est Katawa Shoujo. Ne vous fiez pas à sa traduction brute, que l’on pourrait comprendre comme «fille estropiée». 

L’intrigue vous place comme un adolescent, nommé Hisao, sur le point de découvrir sa première expérience amoureuse en pleine journée d’hiver. La fille de vos rêves est sur le point de vous avouer son amour, cependant votre rythme cardiaque, vous faisant perdre petit à petit le contact avec la réalité. Vous faites alors une crise cardiaque, et vous réveillez dans une chambre d’hôpital quelques jours après.

Le verdict est sans appel: vous êtes atteint d’une rare maladie cardiaque, pathologie très rare pour une personne de votre âge. Les jours, semaines, mois passent, la lecture est votre seul moyen d’évasion. Les visites de plus en plus rares de vos parents, ainsi que de votre amoureuse vous laissent amer, et la relation morte dans l’œuf entre vous deux s’étiolera dans cette chambre d’hôpital que vous avez de plus en plus de mal à supporter, vous rappelant votre propre fragilité.

Face à votre désespoir, la délivrance pointe alors le bout de son nez. Vos parents vous annoncent qu’ils ont trouvé un établissement adapté à votre condition. Sans grande conviction, vous finissez par accepter de vous rendre dans cette école, qui vous permettra minima d’échapper de votre enfer médical.

Vous voici alors en route pour le lycée Yamaku, un établissement a priori dédié aux étudiants comme vous. Mais que signifie vraiment être un étudiant spécial? 

C’est la question à laquelle Katawa Shoujo essaie habilement de répondre, en vous faisant fréquenter divers personnages également marqués par un souci physique, allant de l’amputation physique jusqu’à la cécité. Vous aurez la possibilité de nouer une relation avec l’une des six filles qui marqueront votre vie étudiante: Emi, Rin, Lilly, Hanako, Misha et Shizune.

Au fil de votre aventure, vous pourrez alors vous lier d’amitié, voire d’amour, avec la fille qui vous intéresse. Attention cependant, ce ne sera pas une conquête de tout repos. La moindre mauvaise réponse pourrait vous coûter votre place aux côtés de celle que vous aimez, et les demoiselles que vous courtiserez n’apprécieront pas que vous jouiez sur plusieurs tableaux à la fois. La difficulté est assez bien dosée, et certaines routes assez difficiles pour être honnêtes. Quasi toutes les routes doivent être suivies à la perfection, autrement dit une mauvaise réponse pour la route de la fille que vous choisissez et vous pourrez louper le coche, ou pire, obtenir une mauvaise fin avec.

L’une des très bonnes surprises de Katawa Shoujo est son approche de l’infirmité. N’ayant jamais eu de personne touchée par un tel handicap dans mon entourage, il est vrai que je n’avais jamais pris le temps de me demander comment approcher une personne infirme. J’ai toujours trouvé le sujet complexe à aborder, car il est nécessaire de trouver une juste délicatesse sans tomber dans l’infantilisme. Le jeu le fait parfaitement, c’est-à-dire qu’il traite les personnages sans pincettes, sans surprotection malgré les handicaps, notamment parce qu’avoir un handicap est une normalité dans l’univers du jeu. Pire, la plupart des personnages se vexeront si l’on met leur infirmité sur un piédestal, et redoubleront d’efforts pour illustrer que leur handicap est davantage une force, plutôt que quelque chose dont on devrait prendre pitié. 

D’une justesse exemplaire, les héroïnes rencontrées sont toutes attachantes. Chacune d’entre elles assumera parfaitement son infirmité, par exemple Shizune qui comblera son mutisme par la langue des signes, ou encore Emi qui s’entrainera chaque jour à courir, malgré sa prothèse à la jambe. Au-delà des filles, ce sera également une propre remise en question sur le personnage que vous incarnez. Malgré une pathologie non apparente, vous souffrirez de votre cœur défaillant, remettant en question la manière dont vous meniez votre existence jusqu’à votre accident. Votre histoire mettra également en exergue le fait que tous les handicaps ne sont pas forcément visibles.

La traduction française est tout bonnement exceptionnelle, très peu de fautes subsistent et les dialogues sont sublimés, malgré le fait que l’on ne soit pas dans la langue originale du jeu. Je trouve également l’équilibre excellent entre les filles. J’ai pris beaucoup de plaisir à me creuser la tête pour obtenir les différentes routes, mention spéciale pour Rin qui s’avère être une de mes routes préférées. 

Katawa Shoujo est ainsi mon coup de cœur de l’année en terme de visual novel. Bien que le fait de lire du texte pendant des heures puisse en réfréner un bon nombre, je vous encourage vivement à essayer le jeu, si vous souhaitez une thématique assez inhabituelle, mais avec laquelle on se prend vite au jeu.



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Natsuki

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